La culture nordique : de multiples sources d’inspiration pour managers et dirigeants !

Mon expérience professionnelle internationale m’amène depuis de nombreuses années à côtoyer de nombreuses cultures, chacune aussi riche les unes que les autres tant par leurs aspects tangibles(langue, nourriture, habits, musique) que leurs domaines intangibles (relations sociales, relation au temps, prise de décision, travail en équipe,…). Je souhaiterai dans cette article faire un focus sur des points très caractéristiques des pays nordiques, et ce principalement dans le milieu que je connais le mieux, l’entreprise. J’ai en effet eu la chance de beaucoup échanger et travailler dans plusieurs de ces pays (Nokia en Finlande dans les années 1995-2005, ST Ericsson en 2011-2013, actuellement avec mon client norvégien poLight).
Prenons en premier lieu le milieu de l’entreprise(ce que je connais le mieux !)… un effort important est réalisé depuis de nombreuses années pour proposer aux employés un cadre de travail le plus agréable possible : bureaux spacieux et le plus lumineux. Ici, même dans les grandes entreprises, l’open space n’est pas la panacée et ce afin de réduire le volume sonore – l’on préfère les bureaux avec de larges baies vitrées, un assemblage judicieux bois/metal/verre pour permettre à la lumière (le luxe – sans jeu de mot) de pénétrer, surtout l’hiver, moment de faible luminosité. En Suède, les machines à café et les corbeilles de fruit abondent souvent pour permettre aux employés d’apprécier les petites pauses régulières , intitulé en suédois la “FIKKA”, lieu indispensable où sont prises de nombreuses décisions d’équipe. Il est par ailleurs remarquable à quel point les employés ont appris depuis longtemps à utiliser les modes de transport alternatifs (vélo, ski de fond ou autre moyen non polluant) dans leur trajet domicile-travail. La tenue de travail dans les bureaux est assez casual, même lors de réunions plénières assez importantes. Les horaires nordiques sont en général : démarrage matinal (8h ou avant), pause déjeuner courte (30-45′) et une après midi qui s’achève relativement voire très tôt : 15h en Norvège, 16h et très rarement au delà de 17h dans les autres pays. Il est important de rentrer tôt chez soi pour s’occuper de sa famille ou vaquer à ses activités sociales. Je me souviens d’un manager finlandais qui exigeait que ses collaborateurs ne soient plus à leur poste après 17h…en cas d’horaires prolongés de manière récurrente, le manager allait questionner son collaborateur sur sa charge de travail . Vis à vis des autres collègues, cela aussi sous-entendait que la vie sociale de la personne était pauvre et donc cela n’était pas très bien perçue. Ainsi, donc il est important d’avoir et de montrer un bon équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Ainsi, en Norvège, il est fréquent de voir les personnes quitter le travail à 15h..
Le temps est un facteur très précieux, au Nord comme au Sud… et le temps des autres me paraît encore plus considéré là-bas qu’ailleurs. Ainsi, la ponctualité est “embedded” dans les pays nordiques. Une réunion qui commence à l’heure et finit à l’heure précise permet ainsi de mieux gérer son temps, d’éviter la réunionite aigüe très en vogue dans beaucoup de grandes entreprises.
La communication verbale et para-verbale est assez limitée (a l’opposé des pays latins), et il est important de prendre en compte ces paramètres. Le silence n’est pas gênant, mais vu par une réflexion du propos de son interlocuteur et aussi une marque de respect. Il est ainsi très rare de couper la parole. Je vois parfois des réunions avec des latins(français, italiens) qui, voyant un silence, veulent combler les silences et continuent ainsi à discourir indéfiniment devant des partenaires nordiques…jusqu’à perdre le sens du propos. Par contre, il est à noter que les personnes peuvent être assez directes et tranchantes entre elles et que une moue du regard signifie très vite un désaccord avec son interlocuteur.
J’apprécie personnellement la faculté et l’ouverture de ces cultures à considérer que le changement de carrière est vue très positivement, quitte à repartir à l’université pour se reformer à tout âge.. Ainsi, au déclin continu et rapide de Nokia mobile pendant les dernières années, j’ai vu beaucoup de personnes se reconvertir dans des filières technologiques très variées (ex : météo, fonction publique, juriste, etc…). Dans mon cas personnel, lorsque en 2005 j’ai changé de métier au sein de ma précédente entreprise multinationale (assurance qualité vers le sourcing), j’avais remarqué que plus de 80% des collègues français me posaient la question : “changes-tu parce que tu ne te plais plus dans ton activité ?”, alors que ce même pourcentage de partenaires nordiques me félicitaient du changement vue comme une opportunité de faire autre chose..
La confiance, comme dans beaucoup de cas, est un processus qui peut prendre du temps. Le premier contact peut être surprenant, et il est nécessaire, comme pour les avions avant de décoller de Scandinavie l’hiver, de passer par un de-icing(dégel). Nous français, sommes en général assez doués pour faire alliance s’il on arrive à convaincre nos partenaires Viking de passer un dîner ensemble. Je recommande fortement aux businessmen français qui doivent traiter une affaire en Finlande de répondre positivement à une invitation post meeting au sauna. Oui, on quitte tous (pas de mixité en Finlande, chacun sexe possède son propre sauna), mais j’ai pu continuer de façon très constructive nombre de négociations à 70°C et 90% d’humidité relative, en présence de quelques bouteilles pour éviter la déshydratation.
Les pays nordiques ont la réputation d’être dans ceux où la corruption est la plus faible au monde. Principe holomorphique, cela se voit aussi à l’échelle de l’entreprise. Pour exemple, lorsque j’ai réalisé mon 1er contrat de consultant avec mon client norvégien, une TPE de 20personnes, j’ai signé également une charge d’intégrité très complète et explicite sur mon comportement et attitude sur l’éthique et la responsabilité sociétale.
Il y a aurait encore beaucoup de choses très positives à reporter sur la vie nordique… le respect de la nature, la pédagogie blanche des instituteurs et professeurs auprès de leurs élèves et leur forte coresponsabilité et donc implication dans la réussite scolaire de chaque enfant (le coaching individuel est courant), leur énergie démultipliée pendant la courte période estivale (la fête du mid-summer autour du 21 juin reste un évènement assez exceptionnel à vivre), leurs dépenses raisonnées et raisonnables dans les finances publiques (ex : l’utilisation des bénéfices du pétrole norvégien dans des applications de développement durable ou tout simplement des réserves pour les générations futures).
A la lecture de ce message, nous pourrions être amenés à penser que toutes ces us et coutumes au sein de l’entreprise ne sont que du bon “gros sens” comme disent les canadiens. Et pourtant, leur application ne semble pas toujours trivial dans beaucoup d’écosystèmes.
En final, j’encourage donc nos managers à découvrir et si possible s’inspirer fortement de certaines “bonnes” pratiques en place depuis longtemps (ouverture au changement, respect de la parole des autres, confiance, ponctualité, intégrité, prise de décision collégiale) dans ces pays nordiques, qui, sauf preuve du contraire, démontrent d’une réussite économique et sociale assez remarquable depuis les 20 dernières années.

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