Un temps d’avance….

De tout temps selon moi, des personnes ont eu un temps d’avance sur leur époque ; citons par exemple Socrate pour les sciences humaines, Léonard de Vinci pour les sciences. Ces célébrités deviennent intemporelles et leur réussite tient dans leur capacité à s’ancrer fortement dans leur époque comme dans les générations futures.

Vendredi dernier, j’ai eu la chance de participer à  une conférence où intervenait l’une de ces personnes très charismatiques : Pierre Rabhi, invité par une association de protection de la nature Liane et son président André. Ainsi, Pierre Rabhi, petit bonhomme qui approche les 80 printemps, a fait salle comble (plus de 940p) dans notre commune auprès d’un public chaleureux et attentif, et très vite conquis à la cause qu’il défend. J’ai découvert les œuvres de cet écrivain agro-écologue en 2010 avec un de ses ouvrages « la sobriété heureuse», qui met l’homme au centre de la réflexion philosophique, spirituelle pris dans le tourbillon de la mondialisation et des chasses à la croissance permanente. Cette lecture est un des 10 livres qui m’a passionné dans la dernière décennie et est venu confronter mon parcours post-quarantaine sur le sens que je souhaite donner à mon existence au travers de ce passage défini comme la mi-vie par Karl Young. Depuis, j’ai toujours pris un grand plaisir à découvrir ses publications et suivre ses nombreuses interventions médiatiques croissantes.

Plusieurs éléments sont remarquables quant à sa personnalité :

  1. Sa posture, qui dégage de l’empathie, de la bienveillance, de la disponibilité à  l’autre, et une forte capacité à accueillir les points de vue d’autrui. Un “combiné génétique” de Mathieu Ricard et de Will Shutz en quelque sorte…
  2. L’énergie qu’il dégage, et ce malgré un âge dans la vie déjà avancé. Il me fait penser à ces marathoniens éthiopiens, discrets, endurants et fiables dans l’effort et qui ne lâchent rien quelles que soient les circonstances. Cela reste un mystère qu’il parvienne à faire 600 conférences en une année avec toujours autant de dynamisme, étant demandé aux 4 coins de la planète et impliqués dans de nombreux chantiers écologiques et humanistes.
  3. Sa simplicité. Tenue vestimentaire « casuale», une expression fluide et compréhensible par tous malgré la complexité de ses chantiers de portée nationale et internationale.
  4. Son amour inconditionnel pour notre Terre Mère.
  5. Son ouverture et motivation à  partager, écouter, apprendre.

Vendredi soir, Pierre Rabhi nous a conté son histoire de vie, et celle-ci ne l’ayant pas vraiment avantagé dans sa jeunesse algérienne : orphelin de mère très jeune, recueillie par une famille bourguignonne, devant sans cesse faire le pont entre les racines culturelles islamiques et chrétiennes. Il a débuté sa carrière à Paris comme ouvrier spécialisé, je le cite « c’est-à-dire ouvrier spécialisé en rien», avant de décider avec son épouse Michelle de tout larguer pour tenter l’aventure agricole sur les terres arides ardéchoises.

C’est assez paradoxal que nous, public, apprécions ses convictions alarmantes que notre humanité va à  sa perdition à  la vitesse d’un TGV Paris-Bordeaux. Les solutions sont loin d’être évidentes, tant l’ampleur des dégâts est importante et dans certains cas semble irrémédiable. Il est le colibri légendaire qui tente d’éteindre l’incendie de la foret amazonienne en déversant des rasades d’eau avec son bec : il fait “sa part du boulot”, espérant et incitant les autres à venir l’épauler.

Il me semble qu’il a une génération d’avance, c’est-à-dire que ses propos seront une évidence simpliste à l’horizon 2040, quand, entre autres, les ressources énergétiques classiques comme la chimie du pétrole deviendront une source tarie. Nous avons tous besoin d’espoir, de leaders qui portent de tels enjeux, même s’ils ne sont pas légions et toujours à la bonne place décisionnelle.

En sortant de cette conférence, un jeune couple marchant mes côtés discourait et la jeune femme s’est exclamée : « il m’a mis une pêche d’enfer, c’est exactement ce dont j’avais besoin». Idem pour moi.

Richard, le 5 novembre 2017

 

 

 

 

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